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Mardi 18 novembre 2008
Le phénomène Barack Obama a davantage retenu l’attention par la barrière raciale qu’il a contribué à renverser et à pulvériser au pays du Ku Klux Klan. C’est à croire que cet aspect de la belle victoire du sénateur de l’Illinois a complètement éclipsé la jeunesse de l’homme qui, du haut de ses 47 ans, devra porter sur ses épaules le poids de la première puissance du monde. A 47 ans, si l’on n’est pas jeune, on peut être sûr que l’on est loin d’être vieux. A la vérité, c’est un jeune homme qui est appelé à prendre la direction des Etats-Unis, tout au moins pour les quatre prochaines années. Et c’est en cela que la victoire de Barack Obama est aussi, en quelque manière, la victoire de la jeunesse. « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Barack Obama, pour l’Amérique, en est la plus belle preuve. Voilà qui nous éloigne, par rapport à l’Afrique en général, au Bénin en particulier, d’un certain « grandfrérisme » toujours de saison et qui se veut l’expression d’un droit d’aînesse au-dessus de tous les droits, si ce n’est du droit tout court. Cela encourage beaucoup d’aînés à accumuler des pouvoirs qu’ils auraient dû avoir la sagesse de déléguer, dans l’esprit d’une saine transmission de témoin, d’une génération à l’autre. Cela frustre beaucoup de jeunes, sinon brise leur élan sur le chemin des responsabilités à assumer. Cela plombe toute une société du poids et du fardeau d’un inutile conflit de génération. La jeunesse pèse d’un poids démographique si lourd dans la population de nos pays qu’on commettrait une faute grave de la perdre de vue dans les préoccupations générales de développement d’une communauté. Le gouvernement qui ne sait ni poser correctement ni résoudre convenablement les problèmes de sa jeunesse ne peut faire face à l’équation de l’avenir, en termes de prévision, de projection, de programmation, d’anticipation. Et c’est justement parce que la jeunesse n’est pas à négliger qu’il importe de mieux la cerner, tant il est vrai qu’un problème peut être considéré comme à moitié résolu dès lors qu’on en a bien compris l’énoncé et qu’on en a bien appréhendé les données. Et la toute première donnée à retenir, c’est que la jeunesse n’est pas un état, mais un passage. En proposition claire, on reconnaîtra qu’on n’est pas jeune toute la vie. Les adultes d’aujourd’hui ne sont-ils pas les jeunes d’hier ? Les jeunes d’aujourd’hui ne sont-ils pas les adultes de demain ? La seconde donnée, c’est de se convaincre que si la jeunesse est un passage, cette tranche de vie ou cette étape de notre existence n’est pas automatiquement accomplie ou gagnée à l’avance. Pour dire qu’on peut être jeune et rater sa jeunesse, manquer de tirer le meilleur de sa jeunesse. Parce que la jeunesse, c’est tout à la fois le temps des labours et des semailles, par l’aptitude du jeune à apprendre, à s’investir, à donner le meilleur de lui-même pour réaliser ses objectifs, mais également le temps de la moisson, par la vérification du caractère intangible de cette loi de la nature qui veut que l’on récolte en proportion de ce que l’on a semé. C’est en cela que Barack Obama, par rapport à l’importance de la masse critique d’Américains valeureux et de valeur, ne peut être qu’un jeune Noir d’une exceptionnelle dimension individuelle et personnelle. S’il est parvenu au point où il se trouve aujourd’hui, il le doit à ses qualités et à ses capacités forgées sur l’enclume de l’effort et moissonnées comme des fruits d’un dur labeur. En Amérique, en tout cas, on ne peut pas être le premier des Américains par hasard. Une dernière donnée à retenir, c’est que la jeunesse n’est qu’une expression générique jetée sur des réalités plutôt plurielles et fort diverses. La jeunesse n’est donc pas une entité monolithique, et l’on serait toujours bien inspiré, pour serrer de plus près les besoins, les attentes, les visions, d’opérer des distinctions utiles entre par exemple jeunesse urbaine et jeunesse rurale, jeunesse au travail et jeunesse désoeuvrée, sous-employée ou au chômage, jeunesse consciente et jeunesse insouciante. A chaque catégorie de jeunes ses problèmes et à chaque type de problèmes ses approches de solution. Enfin, la symbolique du tresseur de corde, du titre du beau roman de Jean Plya, valorise l’idée selon laquelle c’est au bout de l’ancienne corde, représentée par la génération des aînés, qu’on noue la nouvelle corde, représentée par la génération des plus jeunes. Mais la nouvelle corde ne doit pas être le simple prolongement de l’ancienne corde. La nouvelle corde doit être une nouvelle création qui fait du jeune un sujet imaginatif et créatif, en d’autres mots l’inventeur d’une nouvelle corde. Car il sera demandé à tous les jeunes, comme dans la parabole des talents : qu’avez-vous fait des talents que le maître vous a confiés ? » Barack Obama vient brillamment de répondre à cette question. Jeunes gens et jeunes filles béninois, africains, qu’en dites-vous et que répondez-vous ?
Par Hermann
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